La Voix du Nord | ON EN PARLE |L'angoisse permanente de Sofia, Claudio et Paulina, menacés d'expulsion vers l'Angola.
Par administrateur, jeudi 15 avril 2010 à 09:42 :: La presse :: #417 :: rss
article paru ce Mercredi 14.04.2010
Effrayée par une possible arrestation, Sofia n'ose pas montrer son visage.
Sofia, Angolaise de 41 ans , a fui son pays en 2007 avec ses deux enfants de 7 et 12 ans. Victime de brutalités policières, elle a perdu là-bas son frère, son fils et le père de ses enfants. Installée depuis en Sambre, la famille est sous le coup d'une menace d'expulsion. Un comité de soutien a été mis sur pied.
L'entretien aura duré à peine une demi-heure, mais la moitié de son paquet de mouchoirs y est passée. Il fallait au moins ça pour éponger les larmes qui coulent sans répit le long de son visage triste, lorsqu'elle doit à nouveau mettre des mots sur son calvaire. Sofia vient d'Angola, ce pays africain qui se remet doucement de 27 ans de guerre civile, où près de 70 % de la population vit avec moins de deux dollars par jour et l'espérance de vie n'excède pas les 42 ans. Entrecoupé de pleurs, son récit évoque 2007, l'année de son départ, celle où son frère et son concubin furent injustement envoyés en prison.
Elle raconte une émeute au sein de cette prison, durant laquelle son frère décède et le père de ses enfants disparaît. Elle ne le reverra jamais.
Tentative de viol
Sofia décrit, avec plus de peine encore, une « perquisition » des policiers angolais, chez elle, devant ses trois enfants : « Ils sont venus chez moi à la recherche de mon concubin. Ils nous ont frappés. Mon fils n'a pas supporté car il y en a un qui voulait me violer. Il a pris le micro-ondes et l'a frappé pour me protéger ». Les voilà traqués par la police, dit-elle, jusqu'à l'arrestation de son fils : « À partir de ce jour je ne l'ai pas revu. Je ne sais pas s'il est vivant. » C'est là qu'elle prend la décision de « sortir » du pays : elle embarque illégalement dans un bateau au port de Luanda pour finalement rejoindre l'Europe. À son arrivée, elle ignore qu'elle vient de débarquer en France.
Cela fait trois ans que Sofia vit avec sa fille Paulina (12 ans) et son fils Claudio (8 ans) en France, où elle a demandé l'asile politique. « Je sais que les gens pensent qu'on vient ici pour profiter, mais la seule chose qui m'a fait sortir (d'Angola), c'est chercher la paix pour mes enfants et moi. » La procédure les a menés au centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) de Louvroil qu'ils ont été contraints de quitter en mai 2009, après avoir épuisé tous les recours pour obtenir le statut de réfugié. « Les attendus des jugements disent quelle ne peut pas prouver ce qu'elle avance, commente Jean-Marie Rausenberger, président de la Cimade Nord-Picardie. Ça veut dire concrètement que pour pouvoir faire une demande d'asile, il faudrait une attestation écrite de ceux qui attentent à la vie des gens... » Sofia parle couramment le français, ses enfants sont scolarisés, mais depuis un an, tous les trois sont de facto expulsables.
Le couperet a bien failli tomber en octobre dernier. Hébergés dans une chapelle protestante, ils avaient été dénoncés par une bonne âme : les policiers avaient alors abordé la fillette en partance pour l'école, lui demandant de les mener jusqu'à sa maman. « Je leur ai dit que je n'avais pas de papiers. Je me suis habillée, j'ai prié. Ça a été difficile, mais beaucoup de gens sont intervenus pour moi. » Emmenés au commissariat, menacés d'un placement en centre de rétention à Lesquin, ultime étape avant l'expulsion, Sofia, Paulina et Claudio avaient finalement été remis en liberté sur décision du préfet, grâce à la mobilisation immédiate d'associations et d'élus.
Déjà fortement traumatisée par les drames vécus en Angola, Sofia vit aujourd'hui avec l'angoisse d'être à nouveau arrêtée. Elle suit un traitement pour tenir le coup, et lorsqu'on lui demande si ses enfants sont heureux, elle répond : « Pas vraiment », ce qu'on avait d'ailleurs pu lire dans leurs yeux. Elle dit : « C'est très difficile, tu n'as pas le droit de travailler. Quand tu sors, quand tu marches dans la rue, tu n'es jamais tranquille. J'ai peur de tout. De tout. » La Cimade et le Réseau Éducation Sans Frontières se mobilisent. Un comité de soutien a été créé à Aulnoye-Aymeries et une pétition adressée au préfet a recueilli près de 1 350 signatures. « Je n'ai pas besoin d'argent, je n'ai besoin de rien, précise Sofia. Je veux juste un titre de séjour pour pouvoir travailler et rester tranquille avec mes enfants. » •
PAR FLORENT MOREAU flomoreau@lavoixdunord.fr
J'invite tous les citoyens à rester prêts à se mobiliser en cas de besoin pour éviter l'irréparable. Notre tradition républicaine d'accueil et de protection des opprimés doit perdurer. Je sais pouvoir compter sur votre solidarité.
Bernard BAUDOUX
Sofia, Angolaise de 41 ans , a fui son pays en 2007 avec ses deux enfants de 7 et 12 ans. Victime de brutalités policières, elle a perdu là-bas son frère, son fils et le père de ses enfants. Installée depuis en Sambre, la famille est sous le coup d'une menace d'expulsion. Un comité de soutien a été mis sur pied.
L'entretien aura duré à peine une demi-heure, mais la moitié de son paquet de mouchoirs y est passée. Il fallait au moins ça pour éponger les larmes qui coulent sans répit le long de son visage triste, lorsqu'elle doit à nouveau mettre des mots sur son calvaire. Sofia vient d'Angola, ce pays africain qui se remet doucement de 27 ans de guerre civile, où près de 70 % de la population vit avec moins de deux dollars par jour et l'espérance de vie n'excède pas les 42 ans. Entrecoupé de pleurs, son récit évoque 2007, l'année de son départ, celle où son frère et son concubin furent injustement envoyés en prison.
Elle raconte une émeute au sein de cette prison, durant laquelle son frère décède et le père de ses enfants disparaît. Elle ne le reverra jamais.
Tentative de viol
Sofia décrit, avec plus de peine encore, une « perquisition » des policiers angolais, chez elle, devant ses trois enfants : « Ils sont venus chez moi à la recherche de mon concubin. Ils nous ont frappés. Mon fils n'a pas supporté car il y en a un qui voulait me violer. Il a pris le micro-ondes et l'a frappé pour me protéger ». Les voilà traqués par la police, dit-elle, jusqu'à l'arrestation de son fils : « À partir de ce jour je ne l'ai pas revu. Je ne sais pas s'il est vivant. » C'est là qu'elle prend la décision de « sortir » du pays : elle embarque illégalement dans un bateau au port de Luanda pour finalement rejoindre l'Europe. À son arrivée, elle ignore qu'elle vient de débarquer en France.
Cela fait trois ans que Sofia vit avec sa fille Paulina (12 ans) et son fils Claudio (8 ans) en France, où elle a demandé l'asile politique. « Je sais que les gens pensent qu'on vient ici pour profiter, mais la seule chose qui m'a fait sortir (d'Angola), c'est chercher la paix pour mes enfants et moi. » La procédure les a menés au centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) de Louvroil qu'ils ont été contraints de quitter en mai 2009, après avoir épuisé tous les recours pour obtenir le statut de réfugié. « Les attendus des jugements disent quelle ne peut pas prouver ce qu'elle avance, commente Jean-Marie Rausenberger, président de la Cimade Nord-Picardie. Ça veut dire concrètement que pour pouvoir faire une demande d'asile, il faudrait une attestation écrite de ceux qui attentent à la vie des gens... » Sofia parle couramment le français, ses enfants sont scolarisés, mais depuis un an, tous les trois sont de facto expulsables.
Le couperet a bien failli tomber en octobre dernier. Hébergés dans une chapelle protestante, ils avaient été dénoncés par une bonne âme : les policiers avaient alors abordé la fillette en partance pour l'école, lui demandant de les mener jusqu'à sa maman. « Je leur ai dit que je n'avais pas de papiers. Je me suis habillée, j'ai prié. Ça a été difficile, mais beaucoup de gens sont intervenus pour moi. » Emmenés au commissariat, menacés d'un placement en centre de rétention à Lesquin, ultime étape avant l'expulsion, Sofia, Paulina et Claudio avaient finalement été remis en liberté sur décision du préfet, grâce à la mobilisation immédiate d'associations et d'élus.
Déjà fortement traumatisée par les drames vécus en Angola, Sofia vit aujourd'hui avec l'angoisse d'être à nouveau arrêtée. Elle suit un traitement pour tenir le coup, et lorsqu'on lui demande si ses enfants sont heureux, elle répond : « Pas vraiment », ce qu'on avait d'ailleurs pu lire dans leurs yeux. Elle dit : « C'est très difficile, tu n'as pas le droit de travailler. Quand tu sors, quand tu marches dans la rue, tu n'es jamais tranquille. J'ai peur de tout. De tout. » La Cimade et le Réseau Éducation Sans Frontières se mobilisent. Un comité de soutien a été créé à Aulnoye-Aymeries et une pétition adressée au préfet a recueilli près de 1 350 signatures. « Je n'ai pas besoin d'argent, je n'ai besoin de rien, précise Sofia. Je veux juste un titre de séjour pour pouvoir travailler et rester tranquille avec mes enfants. » •
PAR FLORENT MOREAU flomoreau@lavoixdunord.fr
J'invite tous les citoyens à rester prêts à se mobiliser en cas de besoin pour éviter l'irréparable. Notre tradition républicaine d'accueil et de protection des opprimés doit perdurer. Je sais pouvoir compter sur votre solidarité.
Bernard BAUDOUX
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